24/04/2026
Pourquoi les livraisons sont plus difficiles que jamais au Royaume-Uni
Par Richard Hill, directeur, Cost Consultancy
À l'approche d'UKREiiF 2026, un enjeu majeur dominera les débats sur le secteur du bâtiment. Il sera au cœur de nos panels consacrés aux infrastructures, aux centres de données et au secteur public.
Les livraisons au Royaume-Uni deviennent plus difficiles. Non pas à cause du coût, mais à cause de l'incertitude croissante.
L'attention se porte beaucoup sur les conflits au Moyen-Orient. Cette situation accroît l'incertitude en faisant grimper les prix de l'énergie et en mettant à rude épreuve les chaînes d'approvisionnement mondiales. Mais la volatilité géopolitique n'est qu'une partie du problème. La pénurie de main-d'œuvre exerce également une pression importante : le secteur compte moins de personnel alors que la demande de compétences augmente plus vite que l'offre.
Des faiblesses structurelles plus profondes alimentent également l'incertitude. Le dernier rapport du CITB sur les perspectives du secteur pour 2026 indique une diminution du nombre de personnes dans le secteur. La demande de compétences augmente plus rapidement que l'offre.
Tout cela complexifie la gestion des projets. Face à l'évolution de la conjoncture, la rigidité des procédures d'approvisionnement, l'information incomplète et la lenteur des décisions accroissent les risques et réduisent la capacité d'adaptation des projets. Ce contexte engendre également une plus grande prudence sur le marché. Les données de l'ONS montrent que la production du secteur de la construction a diminué pendant cinq trimestres consécutifs, jusqu'en février 2026 .
En résumé, le marché est plus difficile à anticiper et moins prévisible qu'il ne l'a été depuis de nombreuses années.
Les projets en cours sont prometteurs, mais la confiance s'érode.
Cela reflète ce que nous constatons sur l'ensemble du marché britannique.
Notre étude « Construction Certain Index », basée sur un sondage auprès de plus de 1 000 dirigeants du secteur de la construction et des infrastructures, met en évidence cet impact. Les entreprises britanniques ont perdu en moyenne 12,3 % de leur portefeuille de projets l’an dernier en raison de l’incertitude. Cela représente environ 976 millions de livres sterling par entreprise .
Ces pertes se traduisent par des retards, des annulations et des réductions de périmètre. 26 % des projets ont été retardés, 21 % annulés et 25 % réduits.
L’incertitude n’est pas un risque futur. Elle influence déjà les décisions, ralentit les progrès et réduit la portée des projets avant même le début de la construction.
L'incertitude est visible dans la plupart des secteurs
Une part importante des projets en cours au Royaume-Uni est perdue en raison de l'incertitude. Désormais, c'est la volatilité, et non le coût, qui détermine les décisions de réalisation.
Certaines pressions proviennent de l'extérieur du secteur, notamment des conflits géopolitiques, de la volatilité économique et des perturbations des chaînes d'approvisionnement. D'autres, en revanche, sont internes et liées à la gouvernance, à l'acquisition et à l'approbation des projets. Enfin, certaines sont plus difficiles à maîtriser, car elles sont dues aux limites de la production d'électricité, de la capacité du réseau et de la planification.
Nos recherches montrent que l'incertitude provient à la fois des conditions du marché et des modalités de réalisation des projets. Le chevauchement des réglementations en est un exemple flagrant. Au Royaume-Uni, dans le secteur nucléaire, les promoteurs doivent composer avec plusieurs organismes de réglementation aux responsabilités partagées. Il en résulte des doublons, des retards et des échéanciers flous.
L'impact est direct : les coûts augmentent et la confiance des investisseurs diminue. Cela ralentit la mise en œuvre dans un secteur pourtant essentiel à la sécurité énergétique.
L'infrastructure numérique est soumise aux mêmes pressions. Dans les centres de données, le problème se pose très tôt. Ce sont désormais les préoccupations liées à l'énergie, à la planification et aux communautés locales qui déterminent la réalisation des projets. Les promoteurs disposent peut-être de capitaux et d'une forte demande. Mais sans calendrier précis concernant le réseau électrique ni décisions de planification, ils reportent et redéfinissent les priorités de leurs projets.
Dans le secteur immobilier, les organismes publics comme privés adoptent désormais une approche par étapes pour le financement. Cela allonge les délais et complexifie le phasage.
Dans chaque cas, le problème n'est pas un manque d'opportunités, mais la capacité d'avancer avec clarté.
L'incertitude est désormais omniprésente tout au long du cycle de vie du projet. Elle se manifeste dès l'étude de faisabilité, où les risques liés à la planification, aux politiques et aux ressources énergétiques compliquent les premières décisions. Elle persiste tout au long des phases d'approvisionnement et de réalisation, où l'évolution des exigences ajoute à la complexité.
Les conséquences sont évidentes : les retards immobilisent des capitaux, ralentissent la régénération et accélèrent la mise en œuvre des projets. Dans des secteurs comme l’énergie et les infrastructures numériques, cela affecte à la fois les projets et la compétitivité globale du Royaume-Uni.
Comment les principales organisations réagissent
Les organisations visionnaires s'adaptent. Elles n'attendent pas que la situation se stabilise.
Ils agissent plus tôt. Ils investissent davantage dans la planification et la gestion des risques dès le départ. Cela leur permet de comprendre les facteurs susceptibles d'affecter la viabilité du projet, qu'il s'agisse de l'énergie, de la planification, des coûts ou des risques.
Cela leur permet de prendre des décisions plus éclairées. Ils peuvent évaluer les différentes options et avancer avec plus d'assurance. L'accent est mis sur la préparation à divers scénarios plutôt que sur la simple prédiction d'un résultat.
Cela redéfinit la notion de succès. Dans un marché en constante évolution, le succès dépend de votre capacité à gérer l'incertitude. La rapidité ne se résume plus à la vitesse d'exécution des projets ; elle englobe la confiance avec laquelle les décisions sont prises.
Cela signifie disposer des données, des connaissances et de l'expertise nécessaires pour évaluer les options, faire des choix éclairés et assurer la progression des projets.
La certitude n'élimine pas le risque. Elle détermine quels projets aboutissent et lesquels sont abandonnés.